The Man Who Sold The World
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Rêvons le monde autrement à travers la musique.
REVUE D’ESSAIS RADIOPHONIQUES • MUSIQUE • LITTÉRATURE • PHILOSOPHIE
The Man Who Sold The World
David Bowie
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Bonjour, je suis Thomas, une voix de synthèse. Est-ce que cela vous parle ? Et bien quoiqu'il en soit, bienvenue dans Radio d'auteur. Ici, nous n'écoutons pas seulement des chansons, nous cherchons à les entendre, autrement. Nous vivons avec cette idée reçue que se connaître est un acte de rassemblement. Il nous plait à croire que, tel un artisan cherchant à restaurer une œuvre ancienne, il nous suffirait de recoller les morceaux de notre passé, de nos choix et de nos souvenirs, pour obtenir une image claire, stable, définitive de qui nous sommes. Mais, il est possible qu'à force de chercher, nous ne faisions qu'accélérer notre propre fragmentation. Bienvenue dans cet espace de réflexion, où le miroir, cet outil rassurant du narcissisme, est écarté. Aujourd'hui, nous préférons le prisme. Un prisme qui ne nous renvoie pas notre propre image, mais qui la décompose, la fragmente, la projette en une multitude de spectres que nous ne contrôlons plus. David Bowie, nous offre ici plus qu'une chanson ; il nous offre une mise en abîme. Le narrateur y rencontre un homme, mais ce faisant, il se heurte à une étrangeté insoutenable. Il ne sait plus s'il fait face à un autre, ou, s'il contemple à travers le prisme de la folie, ou du temps, son propre reflet dédoublé. C’est le vertige de la lucidité : plus nous cherchons à définir notre identité, plus celle-ci se démultiplie. Plus nous voulons être "nous-mêmes", plus ce "nous-m'aime" devient une terre étrangère, un monde vendu, échangé, fragmenté. La question qui nous habite aujourd'hui est aussi simple qu'elle est abrupte : Comment concilier la décomposition de soi par le prisme de la lucidité, et la recherche de son identité. Si la lucidité est une lame qui sépare nos facettes les unes des autres, comment espérer encore maintenir une unité. Est-ce que cette quête, loin de nous accomplir, ne serait pas le processus par lequel nous apprenons, avec Bowie, que le "soi" n'est peut-être qu'une illusion, que nous avons déjà, en partie, vendue au monde pour pouvoir continuer à avancer.
Cabinet de curiosités

Aqualung — Jethro Tull
Ce clochard est-il un déchet de la société, ou est-ce que sa présence est le révélateur de la faillite de nos institutions et de nos morales ? C'est l'anti-narcissisme radical : la conscience de soi naît ici du choc avec une réalité que nous préférerions ignorer.

See No Evil — Television
Mais que se passe-t-il lorsque, soudain, le prisme de la lucidité devient trop tranchant ? Verlaine, avec son jeu de guitare nerveux et anguleux, nous montre que la lucidité est une lame. Elle sépare le vrai du faux, mais elle sépare aussi le sujet de ses illusions protectrices. Si l'on pousse la recherche d'identité jusqu'au bout, on finit par se demander si la connaissance de soi n'est pas, au fond, un exercice de désertification.
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House With No Door — Van Der Graaf Generator
Lorsque l'identité devient l'unique objet de notre curiosité, nous risquons de devenir les spectateurs de notre propre enfermement. Hammill chante cette solitude radicale : le sujet qui s'observe tant qu'il finit par se confondre avec les murs de sa propre conscience.
Ne cherche pas à te voir, cherche à te traverser.
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